Analyses · Non coté
PER et assurance-vie en 2026 : toujours les rois de l'épargne longue ?
L'assurance-vie et le Plan d'Épargne Retraite (PER) restent les deux enveloppes de référence pour épargner sur le long terme en France. Mais leur rôle a changé. Les fonds euros se sont stabilisés, le PER a trouvé sa place grâce à son avantage fiscal à l'entrée, et surtout, ces deux contenants ouvrent désormais l'accès au non coté (private equity, dette privée, infrastructures) dès quelques milliers d'euros. La vraie question n'est plus laquelle choisir, mais comment articuler les deux selon son horizon, sa fiscalité et son besoin de liquidité.
Assurance-vie et PER : deux enveloppes concurrentes ou complémentaires ?
Elles sont complémentaires, pas concurrentes. L'assurance-vie est une enveloppe patrimoniale universelle : elle sert à faire fructifier une épargne, préparer un projet ou organiser une transmission. Le PER, lui, répond à un objectif précis, préparer sa retraite, en échange d'un blocage des sommes jusqu'à cet horizon, sauf cas de déblocage anticipé prévus par la loi (achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, cessation d'activité non salariée, surendettement).
Poser l'une contre l'autre revient à comparer un couteau suisse et un outil spécialisé. L'assurance-vie couvre à peu près tous les objectifs patrimoniaux. Le PER en couvre un seul, mais avec une efficacité fiscale que peu d'autres produits égalent.
| Critère | Assurance-vie | PER |
|---|---|---|
| Disponibilité | À tout moment | Bloquée jusqu'à la retraite (hors cas de déblocage anticipé) |
| Fiscalité à l'entrée | Aucune | Déduction des versements du revenu imposable (optionnelle, plafonnée) |
| Fiscalité pendant la vie du contrat | Capitalisation sans imposition annuelle des plus-values | Identique : capitalisation sans fiscalité annuelle |
| Fiscalité à la sortie | Favorable après 8 ans : abattement annuel de 4 600 € (personne seule) ou 9 200 € (couple), puis prélèvement forfaitaire libératoire de 7,5 % sur la fraction imposable, auquel s'ajoutent les prélèvements sociaux de 17,2 % | Variable selon le mode de sortie et selon que les versements ont été déduits ou non à l'entrée ; en général plus lourde que l'assurance-vie |
| Transmission | Abattement pouvant atteindre 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans | Nettement moins favorable, régi par les règles de la succession classique |
Que valent aujourd'hui les fonds euros et les unités de compte de l'assurance-vie ?
Le fonds euro a retrouvé de la couleur sans redevenir un moteur de performance à lui seul. Sa vraie force reste sa fiscalité après huit ans de détention. En 2025, le rendement moyen des fonds euros s'est établi à 2,6 %, une troisième année consécutive de stabilité, tandis que les unités de compte ont progressé de 4,7 % en collecte nette (France Assureurs / ACPR, mars 2026).
La vraie transformation se situe du côté des unités de compte (UC). Il y a dix ans, l'assurance-vie se limitait à un fonds euro et quelques OPCVM classiques. Les meilleurs contrats donnent aujourd'hui accès à des ETF, des fonds actions spécialisés, des SCPI, des fonds d'infrastructure, des fonds de dette privée et, désormais, du capital-investissement (private equity). L'assurance-vie est devenue une plateforme d'investissement à part entière, pas seulement un support de fonds euro.
Ce qui distingue les contrats ne tient plus à leur fiscalité, identique pour tous, mais à leur architecture et à leurs frais. Un contrat bancaire traditionnel peut encore cumuler des frais d'entrée élevés et des frais de gestion annuels conséquents, quand un contrat en ligne propose une gamme large sans frais de versement. Sur vingt ans, cet écart pèse lourd sur le capital final.
Pourquoi le PER reste-t-il l'outil de défiscalisation le plus puissant ?
Parce que son avantage se matérialise immédiatement, au moment du versement, et non dans dix ou vingt ans. Les sommes versées sont déductibles du revenu imposable, dans la limite des plafonds fiscaux en vigueur.
Pour un dirigeant, une profession libérale ou tout contribuable fortement imposé, cet effet de levier fiscal reste difficile à égaler avec un autre véhicule d'épargne. Mais il n'est jamais gratuit. Il se paie par un blocage des sommes jusqu'à la retraite, sauf les cas de déblocage anticipé mentionnés plus haut. C'est la contrepartie logique de l'avantage fiscal, pas un défaut caché du produit.
Sortie en capital ou en rente : quelle liberté offre réellement le PER ?
Contrairement aux anciens contrats Madelin ou PERP, le PER laisse un vrai choix au moment de la retraite : sortie intégrale en capital, rente viagère, ou combinaison des deux.
Dans les faits, la sortie en capital est très majoritairement privilégiée. Elle permet d'aider ses enfants, de financer un projet immobilier ou de compléter ses revenus sur plusieurs années, avec davantage de souplesse qu'une rente. La rente conserve néanmoins un intérêt réel pour qui recherche un revenu garanti à vie plutôt qu'un capital à gérer soi-même. Le choix dépend surtout du besoin de sécurité face à celui de flexibilité, une question individuelle qui mérite d'être posée à un conseiller plutôt que tranchée dans l'absolu.
Comment l'assurance-vie et le PER ouvrent-ils aujourd'hui la porte du non coté ?
Ils y donnent accès sans exiger un ticket d'entrée réservé aux institutionnels. Longtemps, investir en capital-investissement supposait des tickets élevés, une relation directe avec une société de gestion et des contraintes administratives importantes. Ce n'est plus systématiquement le cas.
La loi PACTE, puis les évolutions réglementaires qui ont suivi, ont largement favorisé cette ouverture. L'assurance-vie comme le PER permettent désormais de loger des FCPR (fonds communs de placement à risques), des fonds evergreen (fonds à capital variable, sans durée de vie fixe, qui réinvestissent en continu), des fonds de dette privée ou d'infrastructure, parfois dès quelques milliers d'euros en unités de compte. Pour comprendre l'ampleur du mouvement, la démocratisation du non coté mérite un article à elle seule.
Pour l'épargnant, l'intérêt tient à la mécanique de l'enveloppe plus qu'à celle du fonds sous-jacent : les gains capitalisent sans fiscalité annuelle, les arbitrages entre supports restent possibles sans déclencher d'imposition, et c'est la fiscalité propre de l'assurance-vie ou du PER qui s'applique à la sortie, pas celle du fonds lui-même.
Assurance-vie, compte-titres, FCPR fiscaux : quelle fiscalité choisir pour investir en non coté ?
Tout dépend de l'horizon et du besoin de liquidité, il n'existe pas de réponse universelle. Trois voies coexistent, avec des logiques fiscales distinctes.
Le compte-titres offre l'accès le plus large aux fonds, une détention directe et l'absence de frais propres à une enveloppe d'assurance. En contrepartie, les plus-values réalisées sont en principe soumises au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, sauf régimes particuliers.
Les FCPR dits fiscaux constituent un cas à part. Sous certaines conditions de durée de détention et de respect des règles du fonds, les plus-values peuvent être exonérées d'impôt sur le revenu après cinq ans, les prélèvements sociaux de 17,2 % restant dus. Cette fiscalité peut s'avérer très compétitive, mais elle se paie par une liquidité réduite : les parts sont souvent bloquées cinq à huit ans, les appels de capitaux peuvent être progressifs, et la sélection du fonds reste déterminante.
L'assurance-vie et le PER, eux, offrent une fiscalité d'enveloppe qui neutralise les arbitrages internes mais s'applique différemment à la sortie, comme détaillé plus haut. Aucune de ces trois voies n'est supérieure dans l'absolu : le compte-titres convient à qui veut la liberté de gestion, le FCPR fiscal à un investisseur fortement fiscalisé acceptant une immobilisation longue, l'enveloppe d'assurance à qui privilégie la souplesse d'arbitrage et la fiscalité de sortie.
Le coût de l'enveloppe assurance-vie : un point de vigilance trop souvent négligé
Une fiscalité attractive ne rend pas une enveloppe gratuite. Sur un support de non coté logé en assurance-vie, trois strates de frais peuvent se cumuler : les frais de gestion du contrat, les frais propres au fonds de capital-investissement, et parfois des frais additionnels liés à la poche de non coté elle-même.
Le choix du contrat devient donc aussi déterminant que celui du fonds. Un fonds de qualité logé dans une enveloppe coûteuse peut sous-performer un fonds plus modeste logé dans un contrat sobre en frais. C'est un point que la dette privée illustre particulièrement bien, tant les frais y varient d'un véhicule à l'autre.
Que change l'assurance-vie luxembourgeoise pour accéder au non coté ?
Elle offre une architecture financière plus ouverte que les contrats français, particulièrement adaptée aux patrimoines importants. Son intérêt ne se limite pas au « super privilège » accordé aux souscripteurs, un mécanisme de protection des avoirs propre au droit luxembourgeois. Elle permet surtout d'intégrer des supports que les contrats français n'offrent pas toujours : FCPR institutionnels, FPCI, fonds étrangers, fonds fermés, dette privée, infrastructures, voire des mandats sur mesure via un Fonds Interne Dédié (FID) ou un Fonds d'Assurance Spécialisé (FAS).
Un FID permet à un souscripteur disposant d'un encours suffisant de faire construire une allocation dédiée, gérée par une société de gestion de son choix, tout en conservant l'enveloppe fiscale de l'assurance-vie. Un FAS fonctionne sur un principe voisin, avec une mutualisation entre plusieurs souscripteurs. Cette souplesse dépasse largement celle des contrats français classiques.
Pour un patrimoine disposant de plusieurs centaines de milliers d'euros à consacrer au non coté, l'assurance-vie luxembourgeoise devient souvent le point d'entrée le plus adapté. Elle offre en prime une portabilité internationale utile aux familles mobiles ou aux dirigeants susceptibles de changer de résidence fiscale. Cela reste néanmoins un outil pour patrimoines conséquents : elle ne remplace pas un contrat français pour une épargne courante.
Quelles logiques d'allocation retenir selon son profil en 2026 ?
Trois logiques générales se dégagent, à ajuster avec un conseiller selon la situation de chacun, ce ne sont pas des recommandations personnalisées.
Pour un épargnant en constitution de patrimoine, sans forte imposition, l'assurance-vie reste souvent l'enveloppe de départ : liquidité, fiscalité qui s'améliore avec le temps, accès progressif à des UC diversifiées, y compris en non coté à petite dose.
Pour un contribuable fortement imposé et proche ou éloigné de la retraite, le PER complète utilement l'assurance-vie : l'avantage fiscal immédiat compense le blocage, à condition d'accepter l'indisponibilité des sommes jusqu'à cet horizon.
Pour un patrimoine important cherchant à diversifier vers le non coté avec un souci de frais et de souplesse, le compte-titres, les FCPR fiscaux et l'assurance-vie luxembourgeoise se combinent plutôt qu'ils ne s'excluent, chacun répondant à un besoin de liquidité et de fiscalité différent.
Dans tous les cas, l'enveloppe reste le contenant. C'est la qualité, les frais et l'horizon des actifs qu'elle abrite qui feront la différence sur la durée, pas seulement le choix fiscal initial.
Questions fréquentes
Peut-on loger du private equity dans un PER ?
Oui. Les PER assurantiels et certains PER bancaires proposent des unités de compte investies en FCPR, en fonds evergreen ou en dette privée, au même titre que l'assurance-vie. L'accès reste soumis aux plafonds de versement et aux conditions propres à chaque contrat.
Quelle est la différence entre un FID et un FAS en assurance-vie luxembourgeoise ?
Le Fonds Interne Dédié (FID) est construit sur mesure pour un souscripteur, avec une société de gestion choisie par lui. Le Fonds d'Assurance Spécialisé (FAS) répond à une logique proche mais mutualisée entre plusieurs souscripteurs partageant un même profil d'allocation. Les deux nécessitent un encours minimal, variable selon les assureurs.
Le PER est-il toujours plus avantageux fiscalement que l'assurance-vie ?
Non, cela dépend de la tranche marginale d'imposition (TMI) et de l'horizon. L'avantage du PER est maximal pour un contribuable fortement imposé qui peut se permettre l'indisponibilité des sommes jusqu'à la retraite. Pour un besoin de liquidité, l'assurance-vie reste plus adaptée.
Un FCPR fiscal est-il plus intéressant qu'un compte-titres pour investir en non coté ?
Sur le plan fiscal, le FCPR fiscal peut être plus favorable après cinq ans de détention grâce à l'exonération d'impôt sur le revenu (les prélèvements sociaux restant dus), contre le PFU de 30 % applicable en compte-titres. En contrepartie, sa liquidité est nettement plus réduite.
Faut-il un patrimoine minimum pour accéder à une assurance-vie luxembourgeoise avec FID ?
Oui, les Fonds Internes Dédiés exigent en général un encours de plusieurs centaines de milliers d'euros, variable selon les assureurs et les sociétés de gestion partenaires. En dessous de ce seuil, un contrat luxembourgeois classique ou un contrat français ouvrant sur des UC de non coté reste plus accessible.
Le rendement des fonds euros va-t-il continuer à progresser en 2026 ?
Non disponible : aucune donnée de rendement 2026 n'est encore publiée à ce jour. Le rendement moyen constaté pour 2025 est de 2,6 % (France Assureurs / ACPR, mars 2026), après deux années de stabilité comparable, mais les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
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À propos de l'auteur
Frédéric Zablocki
Entrepreneur & investisseur | Private Equity
Frédéric Zablocki est entrepreneur et investisseur, spécialisé dans le financement des PME et ETI, le LBO et la transmission d'entreprise. Il a dirigé Entrepreneur Invest (anciennement Entrepreneur Venture) et intervient sur la démocratisation du private equity auprès des épargnants et des conseillers en gestion de patrimoine.